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Emmanuel Cremer : violoncelle

 

 

extrait :

 

 

 

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… aucun de nous ne vit l'île de ses yeux, ni les grandes lames qui roulaient
vers le rivage, avant que nos nefs aux bancs de rameurs n'y eussent abordé.
Alors nous serrâmes toutes les voiles et nous descendîmes sur le rivage de la
mer, puis, nous étant endormis, nous attendîmes la divine Eôs.


Ô mes amis, j'entends une femme, déesse ou mortelle, chanter avec délices
dans l'intérieur de ce palais en tissant une grande toile…
Hâtons-nous donc de l'appeler…


Nos hommes, ayant goûté à ce fruit doux comme le miel, ne voulaient plus
rentrer nous dire ce qu’ils avaient trouvé. Ils ne rêvaient que de rester parmi ce
peuple et, gorgés de lotus, ils en oubliaient le retour...

textes tirés de l’Odyssée, d’après les traductions d’Homère

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Emmanuel CREMER
CINQ CHANTS D'ATHENES
FOU RECORDS (FR-CD-47)
Les rives de la Grèce baignent encore de leur lumière ce solo du violoncelliste Emmanuel Cremer intitulé "Cinq chants d'Athènes" et enregistré en mars 2019 dans la capitale hellène. Une photo de colonnes antiques, signée du soliste, illustre la pochette à l'intérieur de laquelle nous trouvons également un extrait de "L'Odyssée" d'Homère évoquant déjà les voluptés des paradis artificiels.
Ancien du Collectif Emir de Barre Phillips, Emmanuel Cremer a étudié son instrument entre Marseille et Montréal avant de jouer en France avec, notamment, Joe McPhee ou Raymond Boni et aux Etats-Unis en compagnie de Denman Maroney, Taylor Ho Bynum et quelques autres. Manuchello, son premier groupe, tâte de l'esthétique jazz-rock quand un second ensemble de cordes et de percussions lui permet d'écrire pour le théâtre et le cinéma ("13 Tzameti", de Gela Babluani). Il a gravé quelques albums chez Alambik Musik ainsi qu'un duo avec Jean-Marc Foussat chez Fou Recors, accompagné sur scène la danseuse Barbara Pereyra… Et se lance aujourd'hui dans l'aventure du solo improvisé avec ces cinq titres empreints d'une sensibilité sans laquelle son évidente virtuosité ne serait que pure vanité ! Cinq pièces dont l'âpreté témoigne d'un authentique désir de mordre à même la chair de la musique.
L'archet déchire la matière, frappe et maltraite les cordes, leur arrache des cris et des grincements dont le tuilage chaotique engendre néanmoins des nappes harmoniques successives qui se fondent et s'élèvent au gré de la réverbération. L'attaque est frontale, lancée sur un tempo dont la rapidité confinerait à l'immobilité du drone si toutes les scories récoltées en chemin ne venaient ajouter à la fuite éperdue de cette première plage le relief indispensable à sa vitalité. Et l'écho démultiplié achève comme on met en pièces les éléments mêmes qui l'ont constitué. L'apaisement qui s'ensuit est de courte durée. Les longs segments tirés par le crin sur l'acier ne maintiennent qu'un temps l'illusion de la régularité car les dissonances s'emparent d'accords déjà complexes avant que l'archet ne cède de nouveau à la frénésie qui le mène et, oubliant bientôt son rôle initial, ne s'empare des cordes pour les tordre, les malaxer et leur faire rendre l'âme avec tout ce qu'elles pouvaient dissimuler de nuances et de bon goût. Il semble en effet qu'Emmanuel Cremer ait choisi de régler leur compte à ces notions qui l'encombrent pour laisser libre cours à la sauvagerie de son esprit comme au geste immédiat que ce désir suppose. C'est pourquoi la clairière ménagée dans la touffeur de son expressivité semble presque incongrue lors du quatrième titre, quand le violoncelliste se glisse avec tant de maîtrise et d'élégance dans la peau de l'esthète charmé par les seules contraintes de la beauté. Les canons classiques, dès lors, se parent de toute la légitimité nécessaire à la volupté du soliste dont on oublierait presque, déjà, la fureur iconoclaste revendiquée depuis l'ouverture.
Détruire pour mieux désapprendre… L'artiste a posé ses instruments de mort et peut désormais se consacrer à l'élaboration d'une esthétique en devenir. C'est elle, sans doute, dont on entend les prémisses au cours de la dernière plage : un subtil condensé de profondeur et de durée auquel d'infimes accidents confèrent un supplément d'âme quand la réitération des motifs tend vers un éternel retour du même.

Joël Pagier
Revue & Corrigée n° 134 décembre 22

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EMMANUEL CREMER . Cinq chants d’Athènes

Fou Records / distr. Les Allumés du Jazz

Emmanuel Cremer : violoncelle

Emmanuel Cremer . Cinq Chants d’Athènes

Après des études de composition au conservatoire de Marseille, Emmanuel Cremer, tout en écrivant pour le théâtre et le cinéma,se lance dans l’improvisation notamment aux côtés de Barre Phillips, puis de Raymond Boni avec qui il enregistre en 2003 (« Terronès, Suite andalouse », Blue Marge 1007 – avec Foussat !), Joe McPhee, Jean-Marc Montera et d’autres musiciens de la région. À Athènes en 2019, au milieu des ruines antiques, mais en fait en studio, il enregistrait cinq pièces en solo, cinq improvisations sans doute bien mûries – l’amplitude du son laisse entendre parfois l’usage du re-recording –, alternant ou mélangeant l’archet et le pizzicato, ponctuée de frottis et de grincements, où graves et aigus se chevauchent et se percutent dans une dynamique résolument free music sans joliesses ni concessions.

Jean Buzelin

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